Mesurer l’homophilie dans les réseaux de collaboration scientifique

juin 2016

St-Louis, B., Roberge, G., Lavoie, R., Campbell, D., Côté, G., et Archambault, E. (2016)

Présentation : Bastien St-Louis (Avril 3, 2016)

L’homophilie est une mesure utilisée en analyse des réseaux sociaux pour mettre en évidence le degré d’attachement préférentiel entre des acteurs partageant une caractéristique commune d’un attribut particulier (par ex., situation géographique). Traditionnellement, l’homophilie est calculée en comparant la distance moyenne entre les acteurs partageant la même caractéristique avec la distance moyenne entre tous les acteurs du réseau. Cependant, les bases de données comprennent souvent des acteurs isolés (ou des petits sous-ensembles d’acteurs connectés) qui ne sont pas liés à tous les autres acteurs du réseau. Science-Metrix a travaillé avec de telles bases de données dans le cadre d’une analyse de réseaux menée pour la Commission européenne.

Dans ce contexte, la définition usuelle de l’homophilie s’avère en grande partie inutile car il devient impossible de calculer la distance moyenne entre les acteurs non-reliés. Pour surmonter cette contrainte, Science-Metrix a conçu une nouvelle mesure de l’homophilie pour l’analyse de la Commission. Cette mesure varie de -1 (très hétérophile) à 1 (très homophile), 0 caractérisant un réseau neutre. Dans un réseau neutre, les occurrences observées de paires homophiles (un lien entre deux acteurs partageant la même caractéristique) et hétérophiles (un lien entre deux acteurs ayant des caractéristiques différentes) sont égales à leurs occurrences attendues selon un réseau aléatoire de même taille (même nombre d’acteurs et de liens) et ayant la même distribution de fréquence d’acteurs pour l’ensemble des caractéristiques observées de l’attribut considéré. Cette nouvelle mesure a été utilisée avec une base de données réelle représentant le réseau de co-participation de chercheurs financés par le 7ième Programme-cadre de recherche et de développement (7e PC) de la Commission européenne.

Dans le cadre du 7e PC, un certain nombre d’actions ont été mises en œuvre afin de stimuler l'innovation en favorisant le renforcement des liens entre les secteurs public (universitaire et gouvernemental) et privé. Dans ce contexte, il apparaissait pertinent de déterminer si, comparativement à son prédécesseur du 6e PC, le réseau du 7e PC tend à être plus hétérophile en ce qui a trait au regroupement des acteurs (les organismes participants) en fonction de leur secteur (enseignement supérieur, organisme privé ou public).

L’homophilie sectorielle globale a de fait diminué entre le 6e PC et le 7e PC, indiquant que le 7e PC a favorisé l’intégration des secteurs (des secteurs différents ont accru leurs collaborations). On peut ainsi supposer que dans le cadre du 7e PC, le secteur privé a eu plus facilement accès aux idées novatrices, ayant pour effet potentiel de stimuler l’innovation et, à long-terme, la compétitivité européennes. Une analyse approfondie s’appuyant sur plusieurs sources d’information (réseaux de collaboration, sondages et entrevues) a confirmé que la présence des PME dans les projets du 7e PC a contribué à augmenter de façon significative le transfert de connaissances vers le marché ainsi que la propension des projets à innover sous la forme de nouveaux produits ou processus. Une analyse plus fine par mécanisme de financement du 7e PC a mis en lumière l’efficience des projets qui avaient été conçus précisément dans le but d’atteindre cet objectif. 

Image: iStock Photo

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